Extra-terrestre

Last Updated on 15 octobre 2020 by LaCat

Ou moi (sans toi) contre le monde entier

Comme cet article est relativement long, la table des matières est sous forme de résumé qui vous permettra d’avoir une idée du contenu avant d’y plonger.

Pourquoi ce sujet d’extra-terrestre s’est-il imposé ?

Je ne comprends pas les autres, même quand je les aime. Je me sens incomprise. Alors j’ai essayé de trouver des raisons à ce sentiment de non-appartenance.

La première c’est ma vision optimiste du monde : je vois d’abord ce qui va bien, ce qui me convient. Mais il peut m’arriver d’être tellement focalisée sur ce qui fonctionne que j’en oublie parfois de prendre pleinement conscience de ce qui ne va pas. J’évite de penser au négatif dans mes relations parce que j’ai peur d’être abandonnée ou de me retrouver seule en quittant l’autre. J’ai du mal à faire la part de ce qui m’appartient comme ressenti à cause de mon empathie et de mon hypersensibilité, ce qui me complique la tâche pour prendre conscience de ce qui ne va pas. Le fait de voir le positif joue dans ma difficulté à faire des choix.

J’ai peur des conflits et je ne comprends pas la colère. Je suis hypersensible et j’ai peur d’être submergée par mon environnement. Alors je contrôle mes émotions. Que se passerait-il si je vivais mes émotions négatives à fond ? Je n’ose pas me fâcher. J’ai peur de devenir folle de tristesse, d’être submergée par la tristesse. Et qu’en est-il des émotions positives ?

Deux autres différences importantes mais invisibles sont mon questionnement constant/mon cerveau qui travaille non-stop et mon besoin de contact physique.

La conséquence de mes différences ? Un hyper-conformisme. Je ne pouvais pas faire confiance à mes sentiments, mes ressentis. Alors je faisais confiance à l’opinion des autres, j’étais un caméléon qui ne connaissait pas sa propre couleur.

Qui suis-je? J’étais tellement dans la conformité que je ne savais plus qui j’étais. Alors j’ai cherché, durant longtemps. Aujourd’hui, je me connais mieux.

Extra-terrestre assumée : je vis en ermite. Je m’isole de plus en plus, heureusement que je suis introvertie ! Mais ma carapace grossit à cause de cet isolement. Et la situation avec le covid n’arrange rien. Et pourtant, je reste résolument optimiste.

Pour finir, après l’article que j’ai publié ce matin, je suis contente de la version finale de celui-ci.

Pourquoi ce sujet s’est-il imposé comme une évidence ?

L’évidence est venue à la relecture de ma personnalité et des résultats des tests, notamment (mais pas seulement) le « Big Five » dans lequel 3 des 4 facteurs dont je parle correspondent à moins de 7% de la population. Et donc, toute ma vie il y a eu moi, toute seule, et en face, les autres – comme une extra-terrestre. Si je trouvais souvent des ressemblances entre les personnalités autour de moi ou entre leurs vécus, leurs ressentis, cela ne correspondait jamais vraiment à ce que moi je vivais. Je me sentais toujours différente, je pensais autrement.

Je ne comprends pas les autres parce que je suis différente

Depuis aussi loin que je me souvienne, les autres sont pour moi une énigme. Je ne me suis jamais sentie à ma place, jamais vraiment sentie intégrée ni dans ma famille proche (parents) ou agrandie (oncles, tantes, cousins, etc), ni à l’école (je n’avais aucun des intérêts des filles de mon âge), ni à l’université (pas d’envie de sorties jusqu’à plus d’heure ou de grosses beuveries), ni dans le milieu professionnel, ni même parmi mes ami(e)s.

Je me sentais, et je me sens toujours, comme une extra-terrestre. Je semble avoir tellement peu en commun avec tous ces gens qui m’entourent.

Même quand je les aime je suis souvent dans le brouillard

Peu importe le lien que j’ai avec la personne, il y a toujours un moment où je ne comprends plus, un moment où je n’aurais pas réagi comme l’autre, pas dit la même chose, pas fait la même chose. Et en groupe, je parle peu quand les autres parlent de leur ressenti ou de leur manière de vivre une expérience : ce que j’aurais à dire serait la plupart du temps aux antipodes de leur vécu.

Et je me sens totalement incomprise

Ces différences se marquent tous les jours pour moi, dans la quasi-totalité de mes interactions avec les autres. Et je me suis toujours sentie profondément incomprise.

Bien sûr, au cours de ma vie, il y a eu des personnes qui me comprenaient et m’acceptaient (au moins partiellement) comme je suis mais je n’ai jamais recontré quelqu’un qui partage pleinement mon hypersensibilité, par exemple. Et parmi ceux qui ne la partagent pas, rares sont ceux qui font l’effort de comprendre ce que cela représente pour moi. La plupart du temps, les commentaires sont du style « mords sur ta chique », « passe au-dessus », « fais un effort ».

J’essaye de trouver des raisons à cette différence

Adolescente, j’ai souvent rêvé que j’étais adoptée (même si je ressemblais physiquement à mes deux parents et au reste de ma famille). Parce que – je le comprends aujourd’hui – c’était le seul moyen pour moi d’expliquer la différence qui existait entre moi et le reste de ma famille, entre mon ressenti et celui des autres. La seule justification possible, à moins de croire que j’étais une vraie extra-terrestre, venant carrément d’une autre planète.

Tout au long de ma vie, je n’ai eu de cesse de trouver comment l’être humain fonctionne, afin de comprendre les autres, mais surtout de comprendre pourquoi et en quoi je me sens extra-terrestre. Cela donne, par exemple, tous les tests que je passe afin d’avoir plus d’infos sur ma personnalité.

Extra-terrestre résolument optimiste

J’en ai déjà parlé dans un autre article. Je pense que cette vision est ce qui me différencie le plus des autres, celle qui m’isole le plus. Si pas physiquement, en tout cas moralement.

Je n’ai jamais eu l’impression que qui que soit comprenne vraiment parfaitement cet aspect de ma personnalité. Ma tendance naturelle est un peu de voir « la vie en rose » comme aurait dit Piaf, sans même avoir besoin qu’il me prenne dans ses bras. On m’a souvent dit que j’étais totalement irréaliste, utopiste.

Je vois d’abord ce qui va bien, ce qui me convient

Que ce soit chez les gens, dans les objets, les endroits ou les situations, je vois d’abord ce qui va bien, ce qui me plait.

Je vais voir le caractère extraverti et sympathique de quelqu’un avant, peut-être, de me rendre compte que ce n’est pas nécessairement entièrement compatible avec ma forte introversion.

La vue depuis une chambre d’hôtel me plaît tellement que je peux passer sur le peu de place pour circuler dans la chambre ou le manque d’armoires pour ranger des vêtements.

Dans une réunion, je vais me focaliser sur les points sur lesquels une majorité de participants sont d’accords plutôt que sur les points de discorde.

Et je suis capable de faire abstraction de beaucoup de négatif, notamment dans une relation.

J’en oublie parfois de prendre pleinement conscience de ce qui ne va pas

Si voir le positif s’avère une bonne chose dans la vie de tous les jours (malgré mon perfectionnisme, qui lui s’applique surtout à moi en particulier et en partie aux autres personnes), il n’en va pas de même dans une relation.

A force de me concentrer sur le positif, je finis par laisser une telle place à ce qui ne va pas qu’il arrive un moment où une rupture devient inévitable. Qu’elle vienne de moi ou de l’autre.

J’oublie aussi que les autres ne sont pas comme moi. Qu’ils ne vont pas continuer à se concentrer sur le positif qui reste. Que pour eux une balance en (fort) déséquilibre est une raison de séparation. Alors que pour moi le côté négatif doit presque faire capoter la balance avant que je ne pense à une rupture.

Et du coup il n’est pas possible de prendre les mesures qui permettraient de corriger le tir ou de sauver la relation.

La peur de l’abandon

Même quand je me rends compte de circonstances ou de situations qui me dérangent, il m’est très difficile d’exprimer clairement ce que j’aimerais qui change. Parce que j’ai peur que l’autre ne m’abandonne si je deviens trop exigeante, trop chiante ou mégère.

Influence de l’empathie et de l’hypersensibilité

Il m’est aussi difficile de comprendre exactement ce qui me dérange parce que j’ai du mal à faire la différence entre mon ressenti et celui des autres.

Je peux me sentir exaspérée par la personne qui partage ma vie simplement parce que je sens que je l’énerve de plus en plus souvent. Et cela me fait peur. Je suis frustrée de ressentir tout cet énervement au lieu de l’amour qui nous unit. Et je me sens nulle d’être celle qui l’énerve plutôt que celle qui le calme. Nulle de lui provoquer du stress (supplémentaire) plutôt que de l’aider à se détendre.

Exprimer mon désaccord ou mes émotions négatives dans ce contexte est impossible. Parce que ce serait rajouter encore à la frustration de l’autre. Du coup, ma frustration augmente vis-à-vis de mon compagnon. Parce que je le considère comme responsable de mon impossibilité à m’exprimer.

Extra-terrestre qui ne sait pas choisir

Quel est le rapport, me direz-vous ? Le fait de voir le positif de chacun des choix qui me sont proposés rend le choix extrêmement difficile. Je peux rester 5 min dans le rayon des légumes en conserve avant de me décider sur la forme (conserve ou bocal), la quantité (est-ce que ce sera suffisant ou trop si je suis seule, si nous sommes 2, 3, 4 ou 5 pour manger ?) et la marque de mon choix. Pour un légume. Et ça c’est après que j’ai décidé de prendre des conserves et non du frais ou du surgelé (un autre choix souvent fait avant d’arriver dans le rayon… mais pas toujours).

Extra-terrestre incapable d’être en conflit

Ma peur des conflits est une autre cause de ma difficulté à exprimer ce qui ne me convient pas. Parce que je sais que si l’autre répond je vais perdre mes moyens.

Si je n’ai pas en face de moi quelqu’un de bienveillant, prêt à entendre mon point de vue, je perds le combat avant même que les premiers coups ne soient échangés. Oui, pour moi chaque discussion qui me tient à cœur constitue un véritable combat.

Un combat contre moi-même pour oser dire ce que je pense malgré le risque de perdre l’autre. Malgré le risque de blessure profonde à chacune de ses paroles blessantes. Qu’il oubliera rapidement mais qui me hanteront durant des jours, des semaines, parfois des mois ou même des années. Malgré le risque de me sentir encore plus seule parce qu’incomprise.

Extra-terrestre qui ne comprend pas la colère

Je ne comprends souvent pas pourquoi on se fâche, pourquoi on s’énerve, pourquoi on en veut à l’autre.

Si quelqu’un fait quelque chose qui me blesse, je vais avoir envie qu’il change, bien entendu (personne n’aime avoir mal) mais je ne vais – à priori – pas être fâchée sur la personne. Je vais plutôt être triste par rapport à moi et à ce que ça me fait. Ou par rapport à notre relation.

Dans ma vision idéale du monde et des relations, il n’est pas normal de faire souffrir l’autre quand on l’aime. Il n’est pas normal de dire des choses blessantes.

Extra-terrestre hypersensible

Je perçois un grand nombre de choses que les autres ne perçoivent pas. Et s’ils les perçoivent, elles ne les affectent pas autant que moi. Si certaines personnes entendent les mêmes sons que moi, beaucoup sont capables de les catalogue comme faisant partie des éléments de fond et ne leur accordent pas d’attention. J’en suis incapable.

Je suis donc dérangée beaucoup plus rapidement que la majorité de mes contemporains par de environnements riches, que ce soit au niveau sonore, olfactif, visuel, tactile ou auditif. C’est encore pire quand plusieurs des sens sont sollicités en même temps.

J’ai tendance à être submergée par mon environnement

Mon cerveau est capable de gérer un certain nombre d’éléments différents en même temps et quand cette quantité est dépassée, mon attention diminue. Si les bruits ambiants sont trop forts, je ne peux plus me concentrer sur ma lecture ou sur la conversation.

Alors je contrôle mes émotions

J’essaye de contrôler mes émotions afin qu’elles ne s’ajoutent pas aux choses extérieures à gérer.

Une autre raison pour laquelle j’éprouve le besoin de contrôler mes émotions est l’exemple de mes parents. Ils me semblaient deux être dénués d’émotions. Et moi j’étais l’opposée. Je ne comprenais pas comment ils arrivaient à gérer leurs émotions. Selon mon père il fallait être maître de soi en toutes circonstances, se contrôler.

Mais mes émotions étaient tellement énormes, tellement toujours à fleur de peau que les contrôler me demandait des efforts énormes.

Toute ma vie j’ai refoulé ce que je ressentais pour ne pas le vivre pleinement. Parce que si j’ouvrais la porte à ce que je ressens, je risquerais de perdre le contrôle tellement cela me semble immense.

Que se passerait-il si je vivais mes émotions négatives à fond ?

Mes émotions sont pour moi comme un ballon dégonflé, tranquilles à l’intérieur. Mais si je les laissais sortir, si je m’autorisais à les vivre pleinement, je gonflerais le ballon. Et une fois qu’il serait gonflé, je ne pourrais plus le remettre à l’intérieur. Il m’emporterait avec lui et je serais à sa merci, sans être capable de contrôler ses mouvements.

J’ai peur de me fâcher

Mes parents ne se sont jamais vraiment fâchés (je suis tellement sensible qu’un haussement de sourcils ou un changement de ton sont suffisants pour me faire perdre tous mes moyens parce qu’au moment où la personne me parle, je ne ressens pas son amour pour moi et je suis complètement déboussolée). J’ai été élevée par des parents qui se contrôlaient toujours parfaitement et perdre le contrôle est la pire des choses qui pourrait m’arriver.

Je n’ai jamais vraiment laissé libre cours à ma colère. Parce que j’ai le sentiment que j’arriverais à un point où je ferais ou dirais des choses que je regretterais ensuite. Non pour blesser l’autre mais en défense. L’attaque est la meilleure défense.

J’ai peur que si je laisse sortir ma colère, j’exprimerai des choses qui déplairont à l’autre et je risque l’abandon. Si ma colère prend le dessus, je serai incapable de contrôler ce que je dis afin de blesser l’autre le moins possible. Je ne veux pas faire aux autres ce qu’ils me font.

J’ai peur de devenir folle de tristesse

Parfois j’ai l’impression que je deviendrais folle si je lâchais prise. J’ai peur que si j’accepte de perdre le contrôle à un moment, je ne serai plus jamais capable de le reprendre.

Je ne me suis jamais vraiment autorisée à être vraiment triste, à ressentir profondément la douleur de la perte. Que ce soit celle de l’amour de mon ex-mari, de notre mariage, de la vie en commun, ou encore des proches que j’ai perdus récemment.

Quand j’ai fait ma dépression, j’étais sans énergie, sans volonté. Mais je n’ai jamais été profondément triste. Je n’ai quasi jamais pleuré, ou pas durant de longues périodes.

J’ai peur d’être submergée par la tristesse

Parce que j’ai peur d’être débordée par ma tristesse, de sombrer dedans et de ne plus pouvoir en sortir. Comme ces personnes qui plongent dans la douleur et perdent le contact avec le monde extérieur.

Ma préférence naturelle va au monde imaginaire plutôt qu’au monde réel, je suis intimement convaincue qu’il suffirait de peu pour que je bascule. Que je perde tout intérêt pour le monde réel. Non, je ne serais pas capable de me suicider mais je perdrais ton contact avec la réalité.

Et les émotions positives ?

Je dois les contrôler tout autant que les émotions négatives, en tout cas dans certaines environnements. Mieux je connais mon environnement, plus je serai à mon aise pour laisser mes émotions se développer. Mais si je dois gérer l’analyse (et la maîtrise) d’un environnement inconnu, mes émotions resteront extrêmement contrôlées. Je ne bondirai jamais de joie, même chez moi. Parce que, comme on dit à Bruxelles, « je ne sais pas de chemin avec mon corps ». Je suis hyper-consciente de moi, de mes mouvements. Et je me sens gauche et ridicule.

Deux autres différences invisibles

Mon cerveau extra-terrestre : en questionnement constant et qui qui tourne 24/7

Je m’interroge sur tout et tout le monde, sans arrêt. Je me demande ce que les gens pensent de moi, de ce que je dis, de comment je le dis, de comment je suis habillée, de comment je me tiens (souvenir des nombreuses remarques de mon père sur mon maintien). Est-ce que je parle trop, trop peu, trop fort, trop vite (c’est un reproche qu’on m’a fait souvent) ? Est-ce que j’ai l’air assertive ou agressive ? Est-ce que j’ai l’air de me foutre de ce que l’autre raconte ? Est-ce que, si je dis ce à quoi je pense, je vais passer pour une impolie ? Est-ce que je vais donner l’impression d’être une « je-sais-tout » ? Une emmerdeuse ? Est-ce que l’autre va se sentir envahi parce que je donne mon opinion sans qu’on me la demande ? Ou jugé parce que j’ai exprimé une hypothèse à propos de la raison de son comportement ? Est-ce que tout le monde se pose des questions comme moi ? Comment font ceux qui ne se posent pas de questions pour … ne pas se poser de questions ? Si je pose ma main sur le bras d’un ami, va-t-il le prendre comme une avance ? S’il me serre dans ses bras, est-ce qu’il est juste comme moi ou est-ce que ça veut dire autre chose ? Pourquoi est-ce que cette personne me regarde comme ça ; est-ce que je la connais mais ne la reconnais pas (je ne suis pas physionomiste) ? Pourquoi est-ce que mon collègue a fait telle remarque ; est-ce que cela veut dire qu’il ne m’apprécie pas ; ou que j’ai mal fait mon travail ; ou que quelqu’un d’autre lui a dit quelque chose de négatif sur moi – parce qu’hier il m’a félicitée pour la qualité de mon travail ? Est-ce que cette personne ne me regarde pas quand elle parle parce que je la fais chier ou parce qu’elle a un problème (genre autisme) qui la met mal à l’aise dans ses interactions ? Si je rends visite à une amie et que je n’apporte rien, est-ce qu’elle va me trouver impolie ? Ou est-ce que, comme moi, elle est juste contente de me voir et s’en fout de ces formalités de « bonne éducation » qui nous ont été dictées par la société ? Est-ce qu’elle sera contente parce que quand j’apporte quelque chose, ce n’est pour son anniversaire ou pour une raison particulière mais parce que j’ai vu quelque chose et que j’ai pensé à elle, sachant que ça lui ferait plaisir ou que c’est quelque chose qui pourrait l’intéresser ?

Dans ces interrogations constantes, contrairement à ma vision optimiste de l’extérieur, mon hamster-ego (c’est-à-dire mon ego qui est un hamster qui tourne dans sa roue dans mon cerveau) prend systématiquement parti contre moi. Je suis une mauvaise fille / femme / amie / mère / tante, etc. Parce que je ne fais pas ce qu’on attend de moi. Je suis nulle. Parce que j’ai toujours trouvé les autres plus intéressants que moi. Moi j’étais juste inodore, incolore, insipide. Sans peps, sans attrait. Et quand les autres s’intéressent à moi ou à ce que j’ai à dire, ça m’étonne toujours. Et je vis dans l’attente du jour où ils en auront marre de moi. Et où je redeviendrai pour eux inodore, incolore, insipide. Inintéressante.

Je suis aussi, depuis mon adolescence, en recherce de sens. A quoi Serge (où courge, dans quelle étagère – les questions classiques, quoi). Pourquoi suis-je ici ? Quel est mon but sur cette terre ? Parce que ça ne peut pas être d’obtenir un diplôme et de trouver un bon job, de trouver un mari, d’acheter une belle et grande maison, d’avoir des enfants. Ca ne répond pas à la question « à quoi sert ma vie » ? Quelle est mon utilité sur terre ?

Et toutes ces questions se posent 24h sur 24, 7 jours sur 7. Les questions de sens restent en toile de fond ou descendent parfois durant des années dans les limbes de mon inconscient mais les autres questions mentionnées plus haut me tiennent compagnie la majorité du temps lorsque j’interagis avec d’autres. Une autre raison à mon besoin d’isolement, dont je parlerai plus bas.

Et mon besoin de contact physique

C’est l’une des choses dont j’ai le moins parlé autour de moi dans ma vie. Parce que j’ai bien intégré que dans notre société les gestes sont déplacés, sauf avec les personnes avec qui on est intime. Alors je rêve d’aller vivre là où c’est ok de se toucher (sans sous-entendu sexuel). Ou de trouver un groupe de personnes qui partageraient ce besoin et ne trouveraient pas cela anormal ou suspect. Malheureusement pour moi, j’ai tellement bien intégré les normes de notre société puritaine (et encore, c’est mieux en Belgique que dans certains autres pays) et je suis tellement hyper-consciente de moi tout le temps que j’ai totalement muselé cet aspect de ma personnalité. Je me tiens loin des autres, j’ai peur de les approcher. Et comme mon cerveau analyse tout, tout le temps, trop, il anticipe tout geste que je pourrais avoir pour me rappeler que, peut-être, ce n’est pas le bon geste, pas le bon moment, pas celui qui est attendu par l’autre. Et du coup, je bloque et je me fige dans mon coin. Même avec ceux que j’aime, compagnon de vie ou enfants, j’ai du mal avec les manifestations d’amour. Heureusement, mes enfants sont démonstratifs.

Conséquence de mes différences : un hyper-conformisme, très terre à terre celui-là

Mes sentiments, mes ressentis ne sont pas fiables

Très jeune j’ai appris à ne pas faire confiance à ce que je ressentais, à ce que je pensais : si tout le monde pensait ou agissait autrement que moi, c’est forcément moi qui étais mal faite, fautive, dans l’erreur.

Donc je faisais confiance aux opinions autres

J’ai donc rapidement appris à fonctionner en fonction de ce que les autres attendaient de moi (mes parents, mes professeurs, mes amis, mes collègues, mes chefs au travail, mon mari) ou d’une manière suffisamment neutre pour passer relativement inaperçue et donc pour que personne ne remarque qu’en fait je n’étais pas celle qu’ils croyaient.

J’étais un caméléon

Très longtemps j’ai cherché autour de moi ou dans les personnes publiques les opinions qui me semblaient correspondre à ce que je pensais (ou qui me semblaient correspondre à la tendance majoritaire dans mon entourage) et je les ai faites miennes. J’étais un vrai caméléon.

Qui ne savait quelle était sa vraie couleur

Mais si on m’avait demandé mon avis à brûle pourpoint sur un sujet inconnu, j’aurais été incapable de répondre. Parce que je ne savais pas ce que je pensais ou d’autres fois par peur de ne pas plaire. Je modérais mes avis en fonction de mon interlocuteur.

Qui suis-je ?

Je ne savais plus qui j’étais

A tel point que lorsque j’ai voulu vivre pour moi, en fonction de mes besoins et de mes valeurs, je me suis trouvée face à un grand blanc, un grand vide. Qui étais-je ? Je n’en avais pas la moindre idée.

Alors j’ai cherché

J’ai mis plus de 2 ans à chercher, lire, faire des tests, recouper les informations, mettre ensemble les pièces de puzzle. Celui que je possédais en fait depuis des années. Mais, prises séparément, les pièces ne semblaient pas pouvoir former une image cohérente. Parce que je ne disposais d’aucune image complète dans laquelle j’aurais pu les intégrer. C’était comme essayer de faire un puzzle sans connaître le nombre de pièces ou le sujet du dessin.

Aujourd’hui, je me connais mieux

Aujourd’hui je me connais beaucoup mieux mais surtout j’ai commencé à dire autour de moi que, « non, je ne fonctionne pas comme vous. Mes besoins, mes intérêts, mes valeurs, ma vision du monde sont différents des vôtres. » Ce n’est pas toujours clairement entendu ou accepté mais au moins je le dis. Et je le vis (pas toujours facilement, comme en témoigne l’article que je viens de publier sur le changement de style de rédaction dans mon blog).

Extra-terrestre assumée : je vis en ermite

Comme je l’ai dit dans l’introduction, je suis convaincue aujourd’hui d’être une extra-terrestre. Et je m’isole parce que je ne me reconnais dans aucun groupe, ni vraiment aucune des personnes que j’ai rencontré jusqu’à aujourd’hui. J’ai des points communs avec de nombreuses personnes. Et comme j’ai un tempérament de médiatrice, je suis la première à les trouver.

Mais je ressens toujours une forme de distance avec l’autre, un recul. Même si je parle de mes différences et de mes caractéristiques, je ne les montre pas nécessairement parce que je sais que cela ne correspond pas à la personnalité de la personne en face de moi.

Certaines conversations m’apportent beaucoup, surtout avec des personnes partageant le type de fonctionnement de mon cerveau ou mon questionnement constant. Mais elles sont trop peu nombreuses. Et même dans ces cas-là, ma sensibilité et mon introversion peuvent venir gâcher mon vécu.

Alors je me retire et je m’isole. L’autre raison de cet isolement est mon choix de vivre comme il me convient et non comme les autres s’attendendraient à ce que je vive.

Heureusement je suis introvertie

Non seulement je suis introvertie et j’ai besoin de m’isoler pour me ressourcer mais j’apprécie ma compagnie. Je ne m’ennuie pas, je me sens bien. Même si je préfèrerais parfois partager ma vie avec quelqu’un, je suis bien seule et la solitude ne me pèse pas.

Mais ma carapace grossit

Je crains pourtant que cet isolement ne fasse que renforcer mon contrôle sur mes émotions mentionné plus haut et ma carapace. Ce n’est pas que je n’ai pas d’émotions mais elles sont comme anesthésiées, endormies.

Et le covid n’arrange rien

Même si je voulais aller vers les autres, toute la situation de quarantaine diverse et variée depuis plus de 7 mois ne le permettrait pas. Et puis, où trouver des gens qui me ressemblent vraiment ? Difficile de poster une annonce sur un site de rencontres mentionnant toutes mes différences évoquées plus haut et recherchant des personnes similaires pour pouvoir échanger entre extra-terrestres.

Peut-être en trouverai-je sur le nouveau site de personnes atypiques sur lequel je surfe depuis le mois de juin. J’ai déjà rencontré au moins une personne avec qui parler est facile, même si nous sommes très différents. Et l’un ou l’autre profil me semble plus proche de qui je suis et de comment je fonctionne que toutes les personnes que j’ai côtoyées ou aimées jusqu’à maintenant.

Pourtant je suis toujours optimiste

Je reste accrochée à mon rêve de prince charmant qui va débarquer un jour sur son cheval blanc (ou noir, en fait je préfère noir) et m’emporter au loin. Non, non, pas nécessairement loin physiquement mais loin mentalement / émotionnellement. Loin de cette grisaille qui nous entoure de plus en plus, loin de toute la négativité ambiante. Dans notre paradis rêvé. Seuls contre le monde entier. Celui qui comprendra que je ne suis pas comme tout le monde, parce qu’il ne sera pas comme tout le monde non plus. Et je sais que ça arrivera au moment parfait, quand je m’aimerai complètement sans avoir besoin que les autres m’aiment. Je suis en chemin.

Je suis contente de la version finale de cet article

Parce que j’ai un feu rouge dans Yoast SEO pour la lisibilité, c’est que mon article est plus proche de mon style naturel. Et je n’aime pas le ton impératif ni le bilan « Besoin d’amélioration ». Voilà pourquoi j’ai un feu rouge:

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