Moi et le mal que vous me faites (sans le savoir)

L’enfance

Je pense que, toute petite, je ne connaissais pas vraiment la colère ou les émotions très négatives. Mais je ressentais le mécontentement de mes parents (surtout mon père) dans le cas de certains de mes comportements. Pas besoin pour lui de crier ou de me frapper, une certaine sécheresse dans le ton était suffisante : à cause de mon hypersensibilité, ça avait le même effet pour moi qu’une gifle pour un autre enfant. Oui, cela semblera exagéré pour certains mais c’est pourtant le cas.

La plus petite remarque de la part de quelqu’un que j’apprécie (une amie de classe, un professeur, une cousine, mon parrain, un collègue) est comme un coup au cœur. Vous n’avez aucune idée des souffrances que j’ai endurées durant ma vie. Parce que je ressens profondément votre colère, votre déception, votre jugement. Je capte tous les signes corporels qui peuvent trahir ce que vous ressentez et je vis votre émotion / vos sentiments comme vous ; je ressens également ce dont vous n’êtes pas nécessairement conscient. Et comme ma nature profonde est que je suis heureuse si les personnes qui m’entourent sont heureuses, je souffre d’autant plus d’être la cause des sentiments négatifs qui les animent.

Evidemment, j’entends déjà les levées de boucliers « mais enfin, ce n’est pas comme si tu avais été battue, personne ne t’a jamais frappé ; ce n’était même pas de la violence verbale, juste des phrases banales, normales ». Peut-être. Mais cela ne change pas l’impact que tout cela a (eu) sur moi.

Je suis vite blessée

La plus infime remarque, le plus petit mot négatif, toute critique, absolument tout est une souffrance pour moi (même si je ne vous connais pas). (voir aussi la page concernant l’empathie) Et si vous comptez beaucoup pour moi, dites-vous que chaque chose négative que vous me dites – même celle qui vous semble totalement anodine et à laquelle vous ne pensez plus 5 minutes plus tard – représente pour moi au mieux une claque, au pire un coup de poignard dans le cœur. Et donc, oui, vous côtoyer me fait souffrir. Si vous partagez ma vie, vous êtes mon dieu et mon diable, je vis en paradis et en enfer, je passe sans arrêt du chaud au froid selon ce que vos paroles soufflent dans mon cœur.

Partager ma vie avec quelqu’un ? Bof…

Aujourd’hui, je ne suis plus très sûre d’avoir envie de partager ma vie avec quelqu’un. Bien sûr, il y a énormément de côtés positifs et l’amour de l’autre embellit le quotidien. Mais dans mon cas, partager mon quotidien signifie marcher sur des œufs une très grande partie du temps. Cela signifie que durant les périodes de difficulté dans le couple je ne suis jamais complètement détendue, de peur de dire ou de faire quelque chose qui va provoquer une remarque négative, une critique, une dispute (voir aussi le sujet des conflits).

Des années de vie commune signifient des années de souffrance. Non, non, n’allez pas croire que j’ai été malheureuse toute ma vie. Mais chaque petite blessure se rajoute aux autres. Et il est quasi impossible d’en parler parce que ce n’est pas « raisonnable », ce n’est pas « justifiable » comme réaction. Si j’ai mal dès la plus petite remarque négative, est-ce que cela veut dire que l’on ne peut jamais rien me dire sous prétexte que ça fait mal ? Non, bien sûr, ce n’est pas vivable quand on vit à deux ou en famille, il faut parler des problèmes, trouver des compromis. Mais si je vous fais une remarque bénigne, vous pouvez l’oublier rapidement. Votre remarque tournera dans ma tête (et dans mon cœur) durant des heures, voire des jours, des mois ou des années.

La carapace que j’ai construite

Cette souffrance amène aussi à se construire une carapace. Depuis l’enfance, les autres me font mal. Donc même si ma tendance naturelle est de faire confiance à l’autre, je ne m’investis pas émotionnellement à fond dans une relation qui commence, quelle qu’elle soit. Parce que plus je suis investie émotionnellement, plus les remarques de l’autre me feront mal. Je mets du temps à laisser mes sentiments se développer complètement, attendant le moment où je suis relativement sûre que je ne m’expose pas – à court ou moyen terme – à une souffrance énorme due à une rupture par exemple.

De la même manière, si dans une relation les remarques deviennent plus fréquentes et/ou plus négatives, je vais me reconstruire une carapace en prenant mes distances vis-à-vis de mes sentiments pour la personne qui me blesse. Je vais forcer mes sentiments pour cette personne être plus flous, moins intenses – même si je n’ai aucune idée de comment je suis capable de faire ça. Pour diminuer la souffrance au jour le jour et pour anticiper la souffrance de la rupture. Et le jour où la rupture arrive, je suis comme anesthésiée, mon cerveau comprend ce qui se passe mais je ne ressens rien. Et j’évite ensuite les situations qui pourraient réveiller mes sentiments et donc ma souffrance.

Ma prochaine carapace

J’avoue qu’après tant d’années à avoir enduré les remarques sans être arrivée à faire comprendre à qui que ce soit combien tout cela me blessait profondément, aujourd’hui je préfère passer mon temps seule. J’espère arriver à me construire une carapace positive, c’est-à-dire à m’aimer suffisamment pour que l’opinion de l’autre n’ait pas cet impact négatif sur moi, pour que les remarques ne m’atteignent pas parce que je serai convaincue de ma valeur et de mon bon droit à penser autrement que la personne en face de moi. Je me suis souvent refusé ce droit au cours de ma vie, de peur de décevoir l’autre ou de provoquer un conflit.

J’ai trouvé quelqu’un qui parle de ces chocs émotionnels

Voici une vidéo de Raymonde Hazan qui explique cet impact https://www.youtube.com/watch?v=Udj9KkXlqjA . Elle propose une cause différente à ces chocs, qui selon elle sont souvent dus au manque de fiabilité des autres. Pour moi l’impact émotionnel est dû à l’hypersensibilité de celui qui reçoit un message négatif (même si c’est juste « finalement je ne mange pas avec toi ce midi », dans ma tête cela devient « cela veut dire qu’il y a autre chose dans sa vie plus important que d’aller manger avec moi le midi », donc je n’ai aucune importance à ses yeux, donc je me suis trompée du tout au tout sur ses sentiments pour moi, je ne suis pas assez intéressante) mais aussi à l’empathie (dans le cas de reproches, on ressent aussi comment l’autre se sent par rapport à nous). Je n’aime pas toujours son discours mais j’ai trouvé un certain nombre de vidéos sur sa chaîne qui me parlent particulièrement.

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