Sortir de sa zone de confort

Last Updated on 19 octobre 2020 by LaCat

Alors s’il y a bien une notion / une recommandation que je ne supporte plus c’est « il faut sortir de sa zone de confort ». Ca me fait chier à un point dont vous n’avez pas idée.

Evidemment, je comprends parfaitement le concept et l’idée derrière. Mais je suis fatiguée des gens qui regardent ma vie et se permettent de juger que – pour mon plus grand bien, s’entend – je devrais sortir plus souvent de ma zone de confort. Mais personne n’a aucune idée de ce que je vis au quotidien dans ma tête, dans mon monde intérieur. Et du nombre incalculable de fois où je suis sortie de ma zone de confort dans des situations qui, pour vous, sont tout à fait anodines.

Parce que je suis sortie de ma zone de confort. Tous les jours de ma vie. TOUS. LES. JOURS. DE. MA. VIE.

Me lever le matin, c’est sortir de ma zone de confort parce que je préfèrerais de loin rester dans mon lit au lieu d’affronter la vie et les autres, les interactions, leurs jugements (réels ou perçus / imaginés).

Quand j’allais à l’école, sortir de ma zone de confort c’était affronter le regard et le jugement de mes copines de classe, des profs. Puis après être rentrée chez moi, sortir de ma zone de confort c’était affronter le regard et le jugement de mes parents. J’avais la boule au ventre la journée dans l’attente d’un regard négatif ou hostile – ou de l’absence d’un regard attendu, l’attente d’un mot blessant, d’une critique, d’un rire ou d’un sourire moqueur ou ironique.

En tant qu’adulte, prendre les transports en commun c’est sortir de ma zone de confort pour me retrouver au milieu de toute cette foule. Pour mon côté hypersensible la proximité est une torture (les autres empiètent sur mon espace vital, les odeurs m’incommodent). Pour mon côté empathe toutes ces émotions que je ressens mais que je ne comprends pas me fatiguent sans que je m’en rende compte. Mais conduire dans Bruxelles c’est aussi sortir de ma zone de confort : être confrontée à tous ces gens agressifs, intolérants, égoïstes, inconscients ; qui veulent passer avant moi / ne pas me laisser passer / qui mettent ma vie en danger / qui augmentent mon niveau de stress à cause de leur manière de conduire.

Vivre ma journée au milieu des autres c’est sortir de ma zone de confort : c’est me battre à longueur de journée avec mon juge intérieur qui me dévalorise sans arrêt. Comme je suis perfectionniste, rien de ce que je fais n’est jamais assez bon et dans ma tête j’entends, dites par d’autres, toutes les critiques que je me fais : mon style vestimentaire est nul, ma coiffure ne ressemble à rien, je n’ai pas de conversation, je ne suis pas intéressante, ma voix est bizarre, mon accent est ridicule, je n’ai aucune culture (musicale, cinématographique, géographique, historique, etc), mon travail n’a pas été fait aussi rapidement que j’aurais pu le faire (même si c’était plus rapide que ce qu’on m’avait demandé). Selon les circonstances, ces voix dans ma tête peuvent être la mienne, celle de mon père, de mon (ex-)mari, d’une collègue, d’un ami. Aller trouver une collègue pour lui proposer un lunch, c’est sortir de ma zone de confort parce que c’est potentiellement m’exposer à un refus (quelle qu’en soit la raison) qui me fera mal. Je sais intellectuellement que l’autre n’a pas d’obligation, qu’il/elle a une bonne raison de ne pas venir manger avec moi mais cela ne change rien au choc émotionnel ressenti à chaque fois parce que je le vis comme une forme d’abandon. Alors il est plus facile de rester dans mon coin et de manger seule 99% du temps. A l’inverse, si une amie me propose d’aller manger ensemble, je saute de joie intérieurement, c’est comme si le soleil se mettait subitement à briller dans mon coeur ; vous n’avez pas idée du sentiment d’euphorie que ça provoque chez moi. Et, bien sûr, si vous devez annuler une rencontre prévue, la chute sera d’autant plus rude. Mais de tout cela vous ne saurez jamais rien. Rien dans mon attitude ne vous permettra d’appréhender ce que je vis. [J’ai déjà abordé ceci dans l’article concernant le mal que vous me faites]

Rentrer chez moi après le boulot et « affronter » le regard de mes enfants, c’est sortir de ma zone de confort (j’ai toujours peur d’être une mauvaise mère, de ne pas faire ou dire ce qu’il faut ou au contraire de faire ou dire ce qu’il ne faut pas). Rentrer chez moi et affronter le regard de mon mari, c’est sortir de ma zone de confort parce que malgré tous mes efforts, il y a toujours le risque qu’il me fasse une remarque sur ce que je n’ai pas dit / pas fait et que j’aurais dû, ou le contraire. Faire à manger, c’est sortir de ma zone de confort parce que c’est m’exposer à la critique familiale, que ce soit sur le choix du menu ou la préparation. Même si, dans la réalité, ces critiques étaient très rares et donc pas quelque chose à quoi je devais m’attendre de manière régulière, je vivais dans une peur inconsciente que cela arrive, une peur sous la surface, à peine visible mais bien présente.

En tant qu’hypersensible perfectionniste, la moindre critique (même objective) ou remarque est une « atteinte » à mon besoin de perfection, à mon image et à ma confiance en moi. N’importe quelle phrase, pour vous totalement anodine, peut avoir un impact profond sur moi. [voir d’autres articles qui parlent de mon perfectionnisme]

En tant qu’empathe, je ressens vos émotions, y compris celles dont vous n’êtes pas conscient. Et si elles sont en conflit avec ce que vous exprimez, je mets vos paroles en doute, même si vous êtes sincère. Mais je ne vous le dirai pas. Et si j’essayais, vous ne comprendriez pas parce que vous n’êtes pas nécessairement conscient de ce que vous « projetez », que votre langage ne reflète pas vos vrais sentiments. Et vivre avec tout ça autour de moi pour toutes les personnes que je côtoie à longueur de journée, tous les jours de ma vie, c’est épuisant. Mais ce n’est pas la peine que je vous en parle, il y a de fortes chances pour que vous n’ayez pas la moindre idée de quoi je parle et donc très peu de chance pour que vous compreniez.

Tous les jours je suis confrontée à la bêtise humaine, à l’égoïsme, à l’agressivité, à la colère, à la frustration, à la mesquinerie, à la petitesse, à la bassesse, à la violence. Toutes ces choses qui sont votre quotidien, que vous ne remarquez même pas et qui me sont totalement étrangères parce qu’elles ne font pas partie de mon vrai moi. Et qui m’agressent constamment. Qui minent mon moral, inexorablement.

Après plus de 30 ans de vie active et quelques années de stress familial qui augmentait lentement mais sûrement, j’ai commencé à être débordée par toutes ces « attaques » extérieures. Sortir de ma zone de confort tous les jours m’épuisait petit à petit. Afin de me resourcer, je m’isolais de plus en plus. Au bureau comme à la maison. Sans comprendre mon besoin viscéral de solitude et d’inactivité. Mon travail était de moins en moins efficace (même si durant de longs mois il est resté malgré tout supérieur à ce que l’on attendait de moi), j’étais de plus en plus malheureuse en famille. J’aimais mon mari et mes enfants mais je n’avais pas pour autant envie d’interragir avec eux ou de participer à des activités en leur compagnie. Et je n’arrivais pas à leur expliquer pourquoi, puisque je ne le comprenais pas moi-même.

J’ai eu besoin de me retrouver de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps seule, sans interaction avec quiconque, à faire une activité qui occupait mon esprit sans solliciter mes sens. La lecture a été un refuge durant très longtemps mais durant de longs mois (qui se sont transformés en années), j’ai aussi plongé dans une forme d’addiction aux jeux électroniques (sur téléphone ou tablette). Durant ma journée de travail, j’avais de longues périodes totalement improductives. Après une journée au travail à être agressée par toute la négativité ambiante et stressée par mon incapacité à travailler correctement, je m’isolais de plus en plus longtemps (jusqu’à 2h, voire plus) pour jouer sur ma tablette, enfermée dans la chambre. Parce qu’il me fallait de plus en plus longtemps afin d’arriver à un semblant de tranquillité, de calme émotionnel. Et le moindre incident familial négatif me replongeait dans mon abîme dépressif.

Et à la longue mes batteries se sont vidées plus rapidement qu’elles ne se rechargeaient. Mais comme je ne savais pas pourquoi elles se vidaient, je ne les rechargeais jamais assez. Près d’un an après mon déménagement suite à la demande de séparation de mon mari, quand mes enfants ont été (relativement) bien habitués aux changements, j’ai (enfin) craqué. J’ai fait une dépression. J’ai mis plus d’un an à voir enfin une lueur au bout du tunnel et aujourd’hui, une peu plus de 2 ans 1/2 plus tard, je vais beaucoup mieux. Même si j’ai parfois l’impression de n’être qu’une faible copie de qui j’étais. Mais c’est dû en grande partie au fait que je ne suis plus celle que j’ai été durant plus de 50 ans. Et que je n’arrive plus à faire comme si j’étais comme vous. Je n’arrive plus à mettre ce masque qui vous ressemble et vous rassure. J’ai pris pleinement conscience de mes différences (comme je l’ai déjà expliqué dans d’autres articles, comme celui sur mon ressenti d’extra-terrestre).

Aujourd’hui je vis en ermite, dans ma zone de confort. Et je n’en ai plus rien à foutre d’en sortir. J’ai mis suffisamment de temps à la trouver, je ne compte pas en sortir de si tôt. Ou en tout cas pas de la manière dont vous pensez que je « devrais » en sortir. Alors, oui, vous allez probablement trouver que je suis fainéante, molle, inintéressante, pantouflarde, ou que sais-je encore. Vous savez quoi ? Je m’en fous. J’ai assez donné pour essayer de vivre dans votre monde, de vivre comme vous. J’ai donné assez de mon temps, de mon énergie, de mes efforts, de mon amour à vous montrer que vous pouviez compter sur moi, à essayer de correspondre à la personne que vous pensiez que je devais être.

Je ne suis pas comme vous, votre monde n’est pas fait pour moi. Toutes vos préoccupations d’ambition, de possessions, de vivre mieux que le voisin. Toutes vos mesquineries les uns envers les autres, tous vos jugements, vos critiques, vos remarques acerbes ou aggressives. Toute votre violence envers ceux que vous dites aimer, qu’elle soit verbale ou autre. Je ne les comprends pas parce que je ne les partage pas. Malheureusement, je sais que certains d’entre vous vont me reprocher exactement ce que je vous reproche : de leur faire mal par mes attitudes, mes paroles ou mes choix de vie. Et c’est vrai. Parce que je ne suis pas une sainte, juste un être humain ; je ne suis pas parfaite. Bizarrement, si on dit qu’on veut aller vivre à l’étranger quand on est un couple sans enfants, cela semble une bonne idée à beaucoup. Mais dire que l’on veut aller vivre ailleurs / autrement lorsque l’on a des enfants (pas encore complètement indépendants) ou un parent (partiellement) dépendant, beaucoup jugent votre choix de manière totalement différente. Comme un abandon. Mais est-ce que j’abandonne plus ceux que j’aime en vivant mal proche d’eux ou en vivant mieux un peu plus loin ? Pour moi l’important quand quelqu’un m’aime n’est pas (nécessairement) qu’il soit présent à mes côtés au jour le jour mais bien de savoir que je peux compter sur lui/elle quoi qu’il arrive. Que le jour où j’en aurai besoin, je pourrai l’appeler et il sera présent ou elle acceptera de m’aider ou de m’écouter / me conseiller. Même si nous ne nous sommes pas vus ni parlés depuis des années.

Bien sûr, malgré mon isolement, je veux toujours vous aider. Je vous aime, quoi que disiez, quoi que vous fassiez. Mais dorénavant je vous aimerai de loin, au moins le temps de vraiment recharger mes batteries. Peut-être un jour aurai-je réussi à me construire des barrières suffisantes pour pouvoir évoluer au milieu de vous sans me perdre. Mais d’ici là je me protège. Derrière mes murs personnels. Dans ma zone de confort.

Et aujourd’hui je sors de ma zone de confort de la manière qui me convient. Je vais bientôt déménager et la simple idée de devoir faire et défaire des caisses, démonter et remonter des meubles, tout ça me donne de l’urticaire et parfois une boule d’angoisse. Mais cela ne m’empêchera pas de le faire parce que mon nouvel environnement correspond à un rêve que j’ai depuis des années : le bord de mer. Alors, oui, je procrastine et je vais lentement et la perspective de tout l’administratif à régler me donne des sueurs froides. Mais je ne me mets pas la pression et je sais que je ferai les choses à mon rythme. C’est comme ça que je sors de ma zone de confort, maintenant, à mon rythme.

1

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.

Résoudre : *
27 − 18 =